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Predeterminado Jack London y la navegación de recreo

Gracias a la revista Voiles et Voiliers (noviembre 2014) descubro un escrito de Jack London que desconocía, digamos que sobre la navegación "de recreo", o en pequeñas embarcaciones. Como me ha gustado, adjunto un link de su versión en inglés, publicada en 1912. También copio una versión en francés, por si alguien se defiende mejor en la lengua de Molière que en la de Shakespeare. Lo siento, pero no he encontrado ninguna versión en español.

Espero que os guste.

http://www.jacklondons.net/smallboating.html






Joies de la plaisance


On naît marin, on ne le devient pas. Par «marin», je n’entends pas cet individu quelconque et veule qu’on rencontre de nos jours sous le gaillard d’avant des navires de haute mer, mais l’homme qui s’empare d’un ensemble de bois, d’acier, de cordages et de toile et le mène où il veut à la surface des océans. Et quoi qu’en pensent les capitaines et sous-officiers des grands navires, le plaisancier est un vrai marin. Il sait, il doit savoir faire en sorte que le vent mène son bateau d’un point à un autre. Il ne doit rien ignorer des marées, du clapot, des remous, des barres, du balisage des chenaux, des signaux de jour comme de nuit. Il doit surveiller l’évolution du temps et doit développer une familiarité instinctive avec son bateau qui, par sa construction et son gréement, diffère entièrement de tous les autres. Il doit savoir le faire lofer dans le lit du vent au bon moment pour virer de bord, puis le relancer sur l’autre bord sans l’arrêter ni le faire abattre exagérément.

Le marin au long cours d’aujourd’hui n’a plus besoin de connaître ces choses là. D’ailleurs il les ignore ! Il tire, hisse, brique le pont, passe des couches de peinture ou pique la rouille quand on le lui demande. Il ne sait rien et s’en moque éperdument. Mettez-le à bord d’un petit bateau et vous le verrez désemparé. A la limite, il serait plus à l’aise sur un cheval de rodéo !

Je me souviendrai toujours de mon ébahissement d’adolescent la première fois où j’ai rencontré l’une de ces étranges créatures. Il s’agissait en l’occurrence d’un marin anglais déserteur. J’avais douze ans et possédais un canot de 14 pieds, ponté, muni d’une dérive, à bord duquel j’avais appris la manœuvre tout seul. Je regardais ce type-là comme un dieu lorsqu’il me parlait de pays et de populations étranges, d’actions d’éclats et de tempêtes à vous faire dresser les cheveux sur la tête. Un jour, je l’emmenais faire un tour avec moi. Je hissais la voile avec le trac du modeste amateur que j’étais et nous partîmes. J’étais persuadé avoir embarqué avec moi un homme au regard aiguisé, qui en savait plus long sur la mer et les bateaux que je ne pourrais jamais en apprendre. Après que je me suis un moment appliqué à la manœuvre, il prit la barre et l’écoute. Je m’assis sur l’étroit banc de nage au milieu du bateau, et restais là, bouche ouverte, paré à découvrir enfin ce qu’était la vraie navigation. Et bien je suis resté ébahi lorsque j’ai vu ce que valait ce «vrai» marin à bord d’un petit bateau. Il était incapable de régler la voile pour parvenir à ses fins, manqua chavirer plusieurs fois dans les surventes ainsi qu’en empannant n’importe comment. Il ne savait pas à quoi servait la dérive, ignorait qu’au portant, il est préférable de s’asseoir au milieu du bateau plutôt que sur un bord. Pour finir, retournant vers le quai, il fonça carrément dessus, fit éclater l’étrave et sauter le pied de mât. Et pourtant, il s’agissait d’un vrai marin, frais émoulu du grand large !

Cela me permet d’affirmer ceci : quelqu’un peut naviguer toute sa vie à bord d’un grand voilier sans jamais savoir ce qu’est la vraie navigation. A douze ans, j’ai entendu l’appel de la mer. A quinze ans, j’étais capitaine et propriétaire d’un sloop-pirate avec lequel je pillais les bancs d’huîtres. A seize, je naviguais à bord de scows gréés en goélette, traquait le saumon avec les pêcheurs grecs de la rivière de Sacramento et tenais ma place comme matelot dans les patrouilles de surveillance des pêches. J’étais bon marin, même si toutes mes navigations n’avaient eu lieu qu’en baie de San Francisco et dans les rivières qui s’y jettent et même si je n’étais encore jamais sorti en pleine mer.

Puis, le mois de mes dix-sept ans, je m’engageais comme matelot à bord d’un trois-mâts en partance pour un aller et retour à travers le Pacifique. Comme mes camarades me le firent aussitôt remarquer, je m’étais fait engager au culot, mais quoi qu’il en soit, j’assumais désormais mon rôle. J’avais été à bonne école. Il ne me fallut pas plus de deux minutes pour apprendre le nom et la fonction de quelques cordages que je ne connaissais pas encore. C’était simple. Je ne faisais pas les choses à l’aveuglette. Plaisancier, je connaissais le pourquoi et le comment des manœuvres. Je dus certes apprendre à barrer au compas, ce qui me prit à peu près une demi-minute, mais au près où au plus près je m’en tirais nettement mieux que la plupart de mes camarades car je naviguais sur cette allure de toute éternité. Un quart d’heure de mémorisation me suffit pour connaître par cœur toutes les aires de vent dans un sens et dans l’autre. Je n’ai pas eu grand-chose d’autre à découvrir au cours de cette croisière de sept mois, sinon à faire des fioritures de matelotage, des nœuds particulièrement complexes dans toutes sortes de cordages et de filins. La leçon de tout cela est qu’un vrai marin est bien mieux formé s’il a fait ses classes en navigation de plaisance.

Et si un homme né marin est allé à l’école de la mer, jamais plus il ne pourra l’abandonner. Il a du sel dans la moelle des os aussi bien que dans l’air qu’il respire et la mer l’appellera jusqu’à sa mort. Dans les années qui ont suivies, j’ai découvert des moyens plus faciles pour gagner de l’argent. J’ai quitté les gaillards d’avant mais ne cesse de retourner en mer. Mon bassin de croisière est la baie de San Francisco qui, pour naviguer à la voile, n’est pas à proprement parler le plan d’eau le plus facile ni le plus calme. Ça souffle vraiment dans la baie de San Francisco. Pendant l’hiver, notre meilleure saison de croisière, nous avons des vents de Sud-Est, des vents de Sud-Ouest et quelques terribles vents de Nord. Pendant l’été, nous avons ce que appelons «la brise de mer», vent typique venu du large du Pacifique qui, à longueur de semaines, souffle à la puissance de ce que les navigateurs d’Atlantique appellent «une tempête». La faible surface de nos voiles leur paraît toujours un peu ridicule. Certains d’entre eux, qui ont passé le Horn à bord de goélettes, jettent un coup d’œil satisfaits à leurs mâtures élancées, et à l’envergure de leurs voiles. Ils toisent les nôtres et s’apitoient sur nos pauvres gréements. Puis un jour, par hasard, ils se joignent à une sortie de club entre San Francisco et Mare Island. Le matin, ils trouvent délicieux de descendre la baie au portant. L’après-midi, quand le bon vent d’Ouest s’abat sur la baie de San Pablo et qu’ils l’affrontent, tirant des bords à n’en plus finir pour regagner à leurs mouillages, les choses sont quelque peu différentes. Un par un, comme un vol d’hirondelle, nos bateaux moins toilés s’échappent, les laissant en arrière, vautrés, inefficaces, réduisant le toile comme ils peuvent dans ce qu’ils appellent «un coup de vent» et que nous nommons «une bonne petite brise». Lorsqu’il sortent la fois suivante, on remarque que leurs mâts ont diminué de hauteur, que leurs bômes ont été raccourcies et que, sur toutes leurs voiles, la chute s’est rapprochée du guindant.

Pour ce qui est du plaisir, il n’y a rien de commun entre un navire pris dans un coup de chien au large et un yacht pris dans du gros temps dans une baie abritée. Pour ce qui est du vrai plaisir et de l’excitation, donnez moi le yacht. Les choses surviennent très rapidement et on est toujours peu nombreux à faire les manœuvres… et des manœuvres costaudes, comme le savent tous les plaisanciers ! J’ai été secoué en faisant deux quarts de suite dans un typhon au large du Japon, mais j’en suis resté moins épuisé qu’après m’être bagarré pendant deux heures à réduire la toile d’un sloop de 9 mètres, ou remonter deux ancres dans un mouillage exposé à un furieux vent de Sud-Est.

Epuisement et plaisir ? Imaginez juste un vent soufflant contre un fort courant de marée pile au moment où vous tentez de passer avec votre petit voilier entre les piles d’un étroit pont à bascule. Vos voiles, dont vous dépendez entièrement, faseyent, soudain sans un souffle d’air, puis le vent, malicieux comme un diable, saute à 90° et prend tout à coup votre foc à contre dans une violente rafale. Alors le bateau vire, accélère, non pas vers l’étroit passage mais vers le pont ! Ecoutez le flot de la marée descendante, ce bruit de succion autour des obstacles. Ecoutez, voyez votre joli bateau tout fraîchement repeint s’écraser contre les piles. Sentez la solide petite coque céder sous le choc. Voyez le liston voler en éclats. Ecoutez se déchirer votre voile, voyez des pieux, noirs, carrés, faire des trous dans votre coque. Crac ! Votre étai vient de se rompre, et la tête de mât oscille au-dessus de votre tête. Ça grince, ça craque. Si cela continue, vos haubans tribord vont céder à leur tour. Saisissez un bout, n’importe quel bout et amarrez-vous à un duc d’Albe. Mais le bout est trop court. Vous ne pouvez faire le nœud. Vous vous agrippez, et vous hurlez comme un forcené pour que votre compagnon fasse un tour mort avec un bout plus long. Tenez bon ! Vous tenez jusqu’à ce que vous en deveniez cramoisi, jusqu’à qu’il vous semble que vos bras vont sortir de vos manches, jusqu’à ce que le sang jaillisse sous vos ongles. Mais vous tenez bon : votre équipier se saisit d’un bout plus long et amarre le bateau. Vous vous redressez et regardez vos mains. Elles sont en piteux état. Vous pouvez à peine ouvrir les doigts. Cela fait un mal de chien. Mais il n’y a pas une minute à perdre. L’annexe, toujours perverse, rague sur les bernacles des pieux qui menacent d’arracher son plat-bord. Il faut amener le pic ! Rentrer le foc ! Puis vous hâlez sur des bouts, tirez, poussez, soulevez, et vous avez des mots avec le responsable du pont qui vous bat toujours d’une demi-longueur dans ce genre de joute verbale. Finalement, après une heure d’effort, le dos en miettes, la chemise trempée de sueur, les mains en sang vous finissez par passer et naviguez de nouveau tout tranquillement entre des rives étroites où, dans l’herbe jusqu’au jarret, des vaches paissent et vous regardent passer avec des yeux étonnés. Plaisir ! Effort ! Rien à voir avec un jour de beau temps en haute mer !

J’ai connu les deux façons de naviguer. Je me souviens avoir été éreinté par quatorze jours de gros temps au large de la Nouvelle-Zélande. C’était à bord d’un navire charbonnier, rouillé, fatigué, chargé de 6 000 tonnes de charbon dans la cale. On avait disposé des lignes de vie tout le long du pont et, du côté au vent, frappé sur la cheminée, sur les étais et le gréement, une sorte de gigantesque filet avait été gréé afin de briser les déferlantes et de protéger les portes du carré. Mais les portes volèrent en éclats et le carré fut inondé quand même. Malgré cela, un sentiment dominait par dessus tout : la monotonie !

Par contraste avec ce qui précède, j’ai vécu les huit jours les plus passionnants de ma vie à bord d’un petit bateau le long des côtes de Corée. Qu’importe la raison qui m’avait amené à voyager en mer Jaune en plein mois de février par une température en dessous de zéro . L’important est qu’il s’agissait d’un bateau ouvert, un sampan, le long d’une côte rocheuse soumise à de fortes marées où l’on ne rencontre pas le moindre phare. Je n’avais pas un mot en commun avec l’équipage, néanmoins ce voyage n’eut rien de monotone. Je n’oublierai jamais une certaine aube blafarde quand, en pleine bourrasque de neige, nous avons amené les voiles et jeté l’ancre. Le vent soufflait puissamment du Nord-Ouest et nous étions au vent de la côte. Devant comme derrière, tout échappatoire nous était barrée par des promontoires rocheux au pied desquels les vagues brisaient furieusement. A quelque distance au vent, entr’aperçu entre deux rafales de neige, gisait un récif affleurant. Il ne suffisait pas à nous protéger contre toute la mer Jaune qui nous déferlait dessus.

Les Japonais se glissèrent en rampant sous une natte en paille de riz abritant tout le monde et s’endormirent. Je les imitais et nous avons dormi d’un sommeil haché. Puis la mer nous déferla dessus avec des torrents d’eau glacés et nous découvrîmes notre natte, recouverte de plusieurs pouces de neige. Le récif au vent disparaissait à mesure que la marée montait et, au fur et à mesure, la mer brisait de plus en plus violemment sur les rochers. Les pêcheurs observaient la côte attentivement. Je fis de même avec l’œil exercé du marin, me disant qu’un nageur n’aurait guère de chance de rallier le rivage. Je désignais la terre par signes, d’un bord et de l’autre. Les Japonais secouèrent la tête. Je tendais le bras vers cette terrible côte sous le vent. Ils secouèrent de nouveau la tête et restèrent immobiles. J’en conclus qu’ils étaient paralysés, dépassés par la situation. Nous courions un danger de plus en plus grand à mesure que la marée recouvrait le récif qui nous protégeait des déferlantes. Bientôt, nous étions menacés d’être submergés au mouillage. Les vagues brisaient à bord de plus en plus fort, de plus en plus fréquemment. Nous écopions en permanence. Toutefois, mes pêcheurs continuaient à contempler la côte battue par les vagues sans rien faire.

(sigue en el siguiente mensaje)

Editado por Mateando en 01-11-2014 a las 06:41.
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